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Sept ans de différence, un grand canyon ? Nous vivions dans la même terreur mais je n’en parlais jamais à « ma grande sœur. » Elle a eu « une autre enfance » : élevée les premières années par notre grand-mère, avec vacances à la mer, chez une de ses sœurs et ses neveux, dans la Somme. Selon le sermon officiel, « la vieille » était partie à ma naissance. Elle aurait déclaré « quand on veut des gosses, on les élève soi-même. » Sa version, je l’ignore.
Elle était partie à Auchel, « soigner la belle-mère d’une petite cousine », parentes que j’apercevais parfois. Elles restaient dans leur voiture tandis que ma grand-mère venait quelques minutes dans sa pièce. C’était une forme de rituel, deux ou trois fois par an : elle nous apportait des chocolats, des rochers Éléphants chocolat au lait, me demandait si je travaillais bien à l’école. À ma sœur, parfois « votre père, toujours pareil ? », toujours suivi d’un simple « oui. » Longtemps je n’ai pas compris le sous-entendu. J’ignorais que ce ne n’était pas normal, un tel monstre. Puis elle repartait, parfois nous glissait un billet. Elle croisait rarement sa fille. J’ai mis du temps à comprendre qui elle était vraiment...


Le contact - Des liens
Ai-je vraiment eu la sensation que ce lien supplantait l’attirance pour Betty ?
Plus objectivement : Karine et Betty furent deux faces de mon incapacité à vivre. J’avais honte d’un tel père. J’ignorais qu’il ne faut jamais avoir honte de ce dont nous ne sommes pas responsables. J’ignorais que si je leur avais simplement raconté la vérité, elles n’auraient pas forcément fui. J’ignorais que si nous avions vécu un amour de jeunesse, elles ne se seraient pas souciées de cet individu. J’ignorais que cet amour de jeunesse n’aurait peut-être pas été l’amour de toute une vie et s’il l’avait été, la Femme de ma vie aurait vraiment été avec moi, même « contre le monde entier. »
J’étais un enfant auquel les parents ont réussi à transmettre une seule valeur : la peur.